Le point commun de toutes les femmes qui souffrent d’un prolapsus ? Le sentiment d’être seule. Pourtant, nous sommes des millions à être concernées ! Alors pour continuer à oeuvrer à briser le silence autour de cette pathologie, des femmes ont accepté de répondre à nos questions et de partager avec vous leur parcours avec le prolapsus, leur vécu, leurs peurs, leurs doutes, les changements dans leur rapport à leur corps, mais aussi leurs conseils, ce qui a fonctionné pour elles, comment elles s’adaptent pour continuer à vivre leur vie.
Dans cette série d’articles, découvrez les portraits et les histoires intimes et inspirantes de ces femmes résilientes, ces femmes qui vivent la même chose que vous. Vous n’êtes pas seule, notre communauté, une véritable sororité, est là pour vous soutenir !
Témoignage recueilli par email en 2024
1) Parlez nous de vous, qui êtes vous, quel âge avez-vous, quel est votre parcours, votre métier ? Quelles activités aimez-vous faire ?
Je m’appelle Margaux, j’ai 30 ans et je suis originaire de la région Grenobloise. Je suis saisonnière depuis 2018, éducatrice spécialisée l’été et l’hiver pisteure secouriste. Je suis en “reconversion” pour les saisons hors hiver. Je suis formée au massage suédois et au printemps j’ai attaqué une formation “Running Yoga” dans le but d’accompagner les sportifs par le Yoga. J’aime pratiquer la course à pied, les randonnées, le vélo de route, le VTT, le ski alpin, le skating, et la natation.
2) Quel est votre rapport à votre corps et votre intimité ? A-t-il évolué au fur et à mesure du temps ?
Assez musclée, j’ai longtemps été comparée à des hommes, j’ai donc eu très peu confiance en moi et j’ai détesté mes cuisses pendant de nombreuses années. Aujourd’hui j’ai évolué et j’accepte mieux mon corps, chose qui n’était pas facile auparavant mais aujourd’hui je suis fière de mon corps et je n’en ai pas honte. Pour autant, je n’ai jamais été très pudique.
3) Comment avez-vous découvert votre prolapsus ? Combien de temps a été nécessaire pour obtenir un diagnostic ? Quelle fut votre réaction lorsque vous avez compris qu’il s’agissait d’un prolapsus ?
Pendant 1 – 2 ans j’ai commencé à ne plus réussir à me retenir d’aller à selle. Un jour j’ai éternué et je me suis complètement vidé dessus… Une amie m’a dit que j’avais un souci au rectum. Je ne l’ai pas prise au sérieux, à ce moment-là je pensais plutôt que tout cela était dû à des intolérance alimentaire.
Je suis donc allée consulter une gastroentérologue. Je n’ai pas osé lui dire que je me faisais “caca dessus”. Mais j’ai parlé des glaires bizarres, des maux de ventre, de la difficulté à aller à la selle… Elle ne m’a pas auscultée. Je l’ai ensuite revue pour une coloscopie et une gastroscopie, elle m’a retiré un polype à l’estomac et m’a bien rappelée de régler les dépassements d’honoraire puis “Merci, aurevoir”.
Mon état s’est dégradé, il fallait que je remonte mon rectum en serrant les fesses à chaque fois que je me rendais aux toilettes, j’avais une gêne permanente. J’ai pu le voir dans un miroir et j’ai pris peur. J’ai donc pris rendez-vous avec une nouvelle gastroentérologue, et 6 mois après, lors de cette fameuse consultation tant attendue, elle posait enfin son verdict. Des larmes, des larmes et encore des larmes car l’opération était inévitable.
4) Qu’est-ce qui vous gêne (ou vous a le plus gênée) avec le prolapsus ? En termes de symptômes physiques ou psychologiques, de rapport à vous-même, au vieillissement, au sexe, au sport…
Ce qui m’a le plus gêné c’est la sensation d’avoir toujours envie d’aller à la selle. D’être constipée car plus rien n’était en ordre dans mon ventre. Et surtout de passer 8 fois aux toilettes le matin avant de sortir quelque part car la peur constante de ne pas réussir à me retenir, sans accès rapide à des WC. Psychologiquement ça a été 4 années très dures, une image du corps qui se dégrade, des activités que j’ai arrêté car j’avais peur et que c’était très handicapant et contraignant. Course à pied, randonnée, ski devenaient pour moi un parcours du combattant. Je “psychotais” à chaque fois que je mangeais autre chose que du riz ou des pâtes, chaque fois que mon ventre me ballonnait, pendant les règles… J’avais le fessier très souvent irrité. Je n’osais plus avoir de rapport sexuel à l’improviste car tout pouvait arriver…
5) Qu’est-ce que le prolapsus a changé dans votre vie quotidienne ? Quels aspects de votre vie ont été les plus impactés ?
J’allais aux toilettes 15 fois par jour, parce que j’en ressentais le besoin ou pour me rassurer en prévention.
Ma vie sociale et sexuelle ont été les plus impactées.
6) Qui (ou quelles ressources) avez-vous consulté pour mieux comprendre ce qui se passait dans votre corps ?
Une kiné spécialisée dans la rééducation d’un rectocèle, et les réseaux sociaux. Notamment Sport SF et vous.
7) Qu’est ce qui vous a aidé à vous sentir mieux et mieux appréhender le prolapsus ? Était- ce le soutien de vos proches ? La compréhension et la bienveillance d’un partenaire ? Les témoignages d’autres femmes concernées ?…
Savoir que d’autres jeunes femmes sans enfants et sportives avaient ça. Mon conjoint, (avec qui c’était le début de notre relation quand j’ai découvert le prolapsus) qui a fait preuve de bienveillance tout le long. Ma famille qui comprenait, essayait de me rassurer. Mes amies qui ne m’ont pas jugé lorsque que je leur disais que je m’éclipsais car il fallait que je me change et que je me lave la culotte. Et surtout d’en parler avec humour, sans honte (surtout à mes collègues l’hiver qui ne comprenaient pas pourquoi je me rendais 6 fois par jours aux toilettes).
8) Comment s’est passé votre parcours avec le corps médical ? Vous êtes-vous sentie accompagnée et bien prise en charge par les professionnels de santé ? Quels thérapeutes avez vous consultés ? Comment vous êtes-vous sentie ?
Une fois le diagnostic posé c’est grâce à des connaissances dans le corps médical et Isabelle de Sport SF que j’ai été bien entourée et bien conseillée. Les chirurgien(nes) viscérale que j’ai rencontré ont été très professionnels, rassurants, bienveillants. Les examens qu’il a fallu faire avant se sont bien passés, beaucoup de bienveillance aussi, et de personnes qualifiées et rassurantes. Une ou deux réflexions lors de la manométrie assez déplacées et dégradantes ” Ah mais vous n’avez que 26 ans, Ah mais vous n’avez pas d’enfants, d’habitude ça arrive aux femmes bien plus vieilles qui ont eu des enfants”. J’ai donc consulté des radiologues pour la défécographie IRM et la radio, ainsi qu’un professionnel pour la manométrie, puis des kinés…
9) Le processus d’acceptation suite au diagnostic est souvent long et difficile mais pas insurmontable. Êtes vous d’accord avec cette affirmation ? Pourquoi ?
Il n’est pas insurmontable c’est sûr, avec de l’humour et les bons praticiens : l’acceptation est plus facile. Et surtout lorsque l’on comprend ce qu’il se passe, qu’on n’est plus dans l’ignorance.
10) Quelles solutions avez-vous choisies pour traiter votre prolapsus ou en corriger les symptômes ? En êtes-vous satisfaite ?
L’opération. J’en suis très satisfaite. J’ai pu reprendre tous les sports même ceux que le chirurgien m’avait préconisé au départ d’arrêter complètement (le trail). La dernière consultation à 1 an post-opération a révélé que mon corps était complètement apte à tout reprendre du fait que je connaissais maintenant bien mieux mon corps, que je savais comment en prendre soin via le sport et du fait de ma musculature.
11) Où en êtes-vous de la relation avec votre corps et avec votre prolapsus ? Par exemple, au niveau de l’image que vous en avez, de votre perception de la pathologie, de votre vécu psychologique… ?
Je garde tout de même des réflexes d’aller aux WC régulièrement. Quand je sens mon transit pas en forme, surtout l’hiver où je n’ai pas accès aux WC à n’importe quel moment, du fait de mon métier et que nous n’avons pas de toilettes au poste de secours, je continue de temps en temps de mettre des protections pour éviter de tâcher ma culotte.
Je voyais ça comme quelque chose de vraiment dégradant et honteux. Aujourd’hui, je n’ai plus du tout cette vision et il ne faut pas que ça soit un tabou.
12) Que diriez-vous aux femmes qui découvrent aujourd’hui qu’elles sont porteuses d’un prolapsus ? Qu’auriez-vous aimé entendre lorsque vous étiez à leur place ?
Qu’il faut en parler tout de suite à un praticien (gynéco, médecin traitant, kiné, sage femme, gastro…) Il ne faut pas laisser trainer, ce n’est pas un tabou et plus vite ce sera pris en charge moins il y aura de dégradation.
J’aurais aimé savoir que je n’étais pas seule dans mon cas, j’aurais aimé trouver plus facilement des professionnels via internet, être mieux orientée dès le départ. Et surtout, ne pas entendre que je suis jeune pour avoir ça que ça n’arrive qu’aux femmes bien plus âgés “normalement”. Et pour conclure avoir l’astuce du tabouret pour relever les jambes m’a changé la vie.
Merci infiniment de me permettre de transmettre mon vécu et surtout d’aider, d’accompagner, de conseiller les femmes dans ces types de parcours !

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