Le prolapsus des organes pelviens est un trouble gynécologique courant chez les femmes, qui se caractérise par l’affaissement ou la descente d’un ou plusieurs organes pelviens, tels que l’utérus, la vessie, le rectum ou le vagin. Le prolapsus touche environ 1 femme sur 2 au cours de sa vie, et, comme le précise la Haute Autorité de santé, il touche des femmes “de tous les groupes d’âge” (1).
En effet, bien que ce trouble soit souvent (à tort) associé au vieillissement et à la ménopause, il peut également survenir chez les femmes jeunes – et c’est même loin d’être rare.
Parmi les femmes qui achètent un pessaire sur MyLittlePessaire, 25% ont entre 25 et 55 ans, et environ 15% ont entre 25 et 45 ans (2).
Nos chiffres rejoignent donc ceux des études et des services chirurgicaux de gynécologie et d’urologie, qui montrent une prévalence non négligeable du prolapsus génital chez les femmes jeunes. Certaines de ces études estiment que la proportion de femmes de moins de 50 ans parmi toutes les femmes concernées par le prolapsus est d’environ 25%, et la proportion de femmes de moins de 35 ans va de 5% à 19% en fonction des études (3).
Aurélie Blaugy, kinésithérapeute spécialisée en rééducation pelvi-périnéale à Paris qui anime des formations sur le sujet du prolapsus : parmi les patientes avec un prolapsus que je vois en consultation, entre 40 et 50% ont moins de 45 ans !
Enfin, selon les données de l’American College of Obstetricians and Gynecologists, le prolapsus affecte environ 3 % des femmes âgées de 20 à 39 ans.
Le prolapsus peut également toucher les jeunes filles, en particulier celles qui ont des antécédents de traumatismes pelviens ou qui ont une faiblesse congénitale des muscles et des tissus de soutien.Des études ont ainsi montré que le prolapsus peut affecter jusqu’à 7% des filles âgées de 12 à 19 ans. Les symptômes de prolapsus pelvien chez les jeunes filles peuvent inclure des douleurs.
Ces chiffres soulignent donc l’importance de sensibiliser les femmes, y compris les femmes jeunes, aux symptômes du prolapsus et de les encourager à consulter un médecin si nécessaire.
Il est d’ailleurs important de noter que la prévalence du prolapsus chez les femmes jeunes peut être sous-estimée, car de nombreuses femmes ne cherchent pas de traitement pour leurs symptômes ou ne sont pas diagnostiquées.
Quelles sont les causes du prolapsus chez les femmes jeunes ?
D’après ces mêmes statistiques et études, la plupart des prolapsus chez les femmes de 30 à 40 ans suivent de très près le post partum, tandis que la plupart des prolapsus chez les femmes de moins de 30 ans sont liés à une anomalie génétique des tissus conjonctifs et du collagène, qui fragilise précocement le système de suspension du périnée.
Les causes du prolapsus chez les femmes jeunes sont en tout cas multiples. Parmi les facteurs de risque les plus fréquents, on peut citer les grossesses, les accouchements par voie vaginale, l’absence de rééducation pelvi-périnéale en post partum, la constipation chronique, la toux chronique, les activités physiques intenses et les anomalies congénitales du plancher pelvien et/ou des tissus conjonctifs, comme le syndrome d’Ehlers-Danlos.
Quels sont les symptômes du prolapsus chez les femmes jeunes ?
Les symptômes du prolapsus chez les femmes jeunes sont les mêmes que chez les femmes plus âgées. Ces symptômes peuvent être variés, et la gêne ressentie varie également beaucoup d’une femme à l’autre.
Les symptômes fréquents comprennent une sensation de lourdeur ou de pression dans le bas-ventre (on parle généralement de pesanteur pelvienne), des douleurs pelviennes, des difficultés à uriner ou à déféquer, une incontinence urinaire ou fécale, ainsi qu’une diminution de la satisfaction sexuelle, généralement liée à une dégradation de l’image corporelle et à une diminution de l’estime de soi. Des syndromes dépressifs sont d’ailleurs également souvent associés au prolapsus.
Quel traitement pour les femmes jeunes concernées par un prolapsus ?
Le traitement du prolapsus pelvien chez les femmes jeunes est exactement le même que pour les femmes moins jeunes : il n’y a aucune différence dans l’approche thérapeutique en fonction de l’âge.
Le choix du traitement dépend en premier lieu du choix et des préférences de chaque femme, ainsi que de ses symptômes. La Haute Autorité de Santé a publié des recommandations sur la prise en charge du prolapsus prônant une décision médicale partagée entre la patiente et le soignant.
Les options de traitement comprennent en première intention la rééducation pelvi-périnéale et /ou l’utilisation d’un pessaire, en deuxième intention la chirurgie… ou bien une combinaison de ces approches (1).
Précisons toutefois qu’il n’est pas possible d’opérer un prolapsus après un accouchement avant que le corps n’ait totalement récupéré, ce qui prend généralement une bonne année, afin d’éviter tout risque d’hypercorrection. De plus, la chirurgie est déconseillée si la femme a encore un désir de grossesse, puisque la grossesse et l’accouchement entraînent un fort risque de récidive du prolapsus.
La rééducation et le pessaire ont donc un rôle encore plus prépondérant dans la prise en charge du prolapsus pour les femmes jeunes, en particulier en post-partum.
Le prolapsus dans le post-partum
Le prolapsus pelvien est relativement fréquent chez les femmes enceintes et en post-partum. La grossesse et l’accouchement sont deux des principaux facteurs favorisant l’apparition ou l’aggravation d’un prolapsus.
Dans une étude menée en 2002, 46% des femmes avaient un prolapsus à 36 semaines de l’accouchement, et 83% des femmes avaient un prolapsus 6 semaines après l’accouchement, dont la moitié avaient un prolapsus de grade 2 (4).
Une autre étude a révélé que le risque de prolapsus pelvien augmentait avec le nombre d’accouchements. Les femmes ayant eu trois ou plusieurs accouchements avaient un risque 3,5 fois plus élevé de développer un prolapsus pelvien par rapport à celles ayant eu un seul accouchement.
Ces chiffres soulignent l’importance de prendre en compte le risque de prolapsus pelvien chez les femmes en post-partum, en particulier chez celles ayant eu plusieurs accouchements. Il est important que les jeunes mamans reçoivent des soins appropriés pour aider à prévenir ou à traiter le prolapsus pelvien et à améliorer leur qualité de vie.
Pendant la grossesse et le post-partum, et tout le temps où la mère allaitera, le corps produit une hormone, la relaxine, qui impacte les tissus conjonctifs et les muscles, notamment du plancher pelvien, ce qui peut contribuer à favoriser le développement d’un prolapsus. Cette hormone est produite principalement par les ovaires et le placenta chez les femmes enceintes, et par les glandes mammaires après l’accouchement. Elle joue un rôle important dans la préparation du corps féminin à la grossesse, l’accouchement et à l’allaitement.
La fonction principale de la relaxine est de détendre les tissus musculaires et les ligaments dans le corps, ce qui facilite l’accouchement, la croissance des glandes mammaires et l’écoulement du lait maternel… mais aussi la distension des ligaments du petit bassin et, associée à d’autres facteurs, la descente des organes génitaux.
Il est important de noter qu’en post-partum, le corps récupère et cicatrise. La plupart des prolapsus modérés peuvent être corrigés, à condition de réaliser sérieusement et rapidement une rééducation pelvi-périnéale adaptée.
Le pessaire est également un outil précieux pendant le post-partum, et plus encore si la jeune maman décide d’allaiter : il permet aux ligaments, distendus par la grossesse puis par l’accouchement, de cicatriser en position physiologique, ce qui limitera l’apparition d’un prolapsus ou d’autres troubles de la statique pelvienne – notamment l’incontinence urinaire à l’effort.
Certaines femmes célèbres ont parlé publiquement de leur prolapsus après leur accouchement :
- Kate Winslet a déclaré dans une interview en 2013 qu’elle avait souffert d’un prolapsus pelvien après la naissance de son premier enfant. Elle a souhaité sensibiliser les femmes et les encourager à chercher de l’aide.
- Tiffani Thiessen a également parlé publiquement de son expérience de prolapsus après la naissance de son deuxième enfant. Elle a encouragé les femmes à discuter ouvertement de leurs symptômes avec leur médecin et à chercher des solutions.
- Stephanie March a déclaré dans une interview en 2019 qu’elle avait subi une chirurgie pour traiter son prolapsus après la naissance de son enfant.
Par leur posture de personnalités publiques, ces femmes contribuent à briser le tabou entourant le prolapsus et à encourager les femmes concernées à en parler, et à chercher des solutions, quel que soit leur âge.
Sport et prolapsus
Le prolapsus des organes pelviens peut également toucher les femmes sportives, en particulier les sportives de haut niveau.
Selon une étude menée auprès de 372 athlètes féminines de haut niveau dans plusieurs sports différents, la prévalence du prolapsus pelvien était de 20,7 %.
Une étude menée auprès de 144 femmes en formation à l’Académie militaire des Etats-Unis a montré que 50% d’entre elles avaient un prolapsus de stade 1 ou 2. (5)
Une étude norvégienne menée auprès de 180 sportives pratiquant l’haltérophilie a montré quant à elle que près d’une athlète sur 4 avait un prolapsus. (6)
Les sports qui ont été associés dans ces études à une prévalence plus élevée de prolapsus génital comprennent le saut en hauteur, le sprint, l’aviron et le handball. En particulier, les athlètes pratiquant des sports de saut et de sprint avaient un risque significativement plus élevé de développer un prolapsus pelvien par rapport aux autres sports.
D’une manière générale, les sports les plus à risque pour le prolapsus et le périnée sont les sports qui génèrent de fortes augmentations de la pression intra-abdominale, et en particulier les sports dits “d’impact”.
Encore une fois, la prévalence du prolapsus chez les athlètes féminines peut être sous-estimée car de nombreuses athlètes ne signalent pas leurs symptômes ou ne cherchent pas de traitement.
Il est donc indispensable de sensibiliser les femmes sportives aux risques de prolapsus pelvien associés à leur pratique – en particulier pour les sportives de haut niveau. Il est important de mettre en place des mesures préventives telles que des exercices spécifiques pour renforcer les muscles pelviens, ainsi que d’encourager les athlètes à signaler tout symptôme de prolapsus pelvien à leur médecin.
L’association Sport et Spécificités Féminines, que nous soutenons depuis notre création, a été créée précisément dans ce but. Elle accompagne les sportives de haut niveau et les fédérations sportives pour une meilleure prévention et une meilleure prise en compte des spécificités du corps des femmes dans leurs entraînements et dans leur pratique de leurs disciplines.
Anomalies du tissu conjonctif et du collagène
Comme nous l’avons vu plus haut, les anomalies du tissu conjonctif et du collagène sont responsables d’une grande partie des prolapsus chez les femmes très jeunes.Ces anomalies causent une dégradation précoce du système de suspension ligamentaire et musculaire de la sangle périnéale, et favorisent l’apparition de troubles de la statique pelvienne tels que le prolapsus ou l’incontinence urinaire.
Le syndrome d’Ehlers-Danlos (SED) est l’une des pathologies les plus fréquentes et les plus connues. Il s’agit d’une maladie héréditaire du tissu conjonctif qui peut affecter la solidité et l’élasticité des tissus corporels, y compris ceux de la région pelvienne. Les femmes atteintes du syndrome d’Ehlers-Danlos peuvent être plus susceptibles de développer un prolapsus pelvien en raison de la faiblesse des muscles et des tissus de soutien.
La prévalence du prolapsus chez les femmes atteintes du SED n’a pas été bien étudiée et les chiffres varient selon les sources. Cependant, plusieurs études ont montré que le prolapsus pelvien est une complication fréquente chez les femmes atteintes du SED, avec une prévalence estimée entre 34% et 89%.
Le prolapsus pelvien chez les femmes atteintes du SED peut être plus important et plus difficile à traiter que chez les femmes sans SED, en raison de la faiblesse des tissus conjonctifs. En outre, les femmes concernées peuvent également présenter d’autres complications pelviennes, telles que des douleurs chroniques, des problèmes de miction et de défécation, ainsi que des problèmes sexuels.
Conclusion
Mettons donc fin une bonne fois pour toutes à cette idée reçue selon laquelle le prolapsus serait une pathologie de la femme âgée ou vieillissante. Le prolapsus est aussi une pathologie de la femme jeune (voire très jeune!). Il n’y a donc aucune honte à avoir si cela vous concerne, quel que soit votre âge, et soyez en sûre : vous n’êtes pas seule 🙂
Le prolapsus peut avoir des effets importants sur la qualité de vie, la santé globale et le bien-être. Il est important de consulter un professionnel de santé spécialisé si vous ressentez une gêne ou un inconfort. Rechercher un traitement et corriger les facteurs favorisants le plus tôt possible permettra de freiner l’évolution du prolapsus et l’aggravation des symptômes.
Le traitement du prolapsus chez les femmes jeunes est exactement le même que pour les femmes moins jeunes : il dépend en premier lieu du choix et des préférences de chaque femme. Les options de traitement comprennent en première intention la rééducation pelvi-périnéale et /ou l’utilisation d’un pessaire, en deuxième intention la chirurgie, ou bien une combinaison de ces approches.
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Sources
(1) Prolapsus génital de la femme : Prise en charge thérapeutique, recommandations de bonnes pratiques de la Haute Autorité de Santé, mai 2021
(2) Grande Enquête Pessaires MyLittlePessaire, 2022
(3) www.academie-medecine.fr/le-prolapsus-genital-chez-la-femme-jeune-une-question-dactualite/
STROHBEHN K., JAKARY J., DELANCEY J. — Pelvic organ prolapse in young women. Obstet. Gynecol., 1997 , 9 , 33-6.
(4) Pregnancy, labor, delivery, and pelvic organ prolapse, comparative Study Obstet Gynecol 2002 Nov;100(5 Pt 1):981-6. doi: 10.1016/s0029-7844(02)02246-9. Eddie H M Sze, Gordon B Sherard 3rd, Jeanette M Dolezal
(5) Pelvic organ prolapse and urinary incontinence in nulliparous women at the United States Military Academy, Wilma I Larsen, Trudy A Yavorek, Int Urogynecol J Pelvic Floor Dysfunct. 2006 May;17(3):208-10. doi: 10.1007/s00192-005-1366-6. Epub 2005 Aug 3.
(6) Prevalence of Pelvic Floor Dysfunction, Bother, and Risk Factors and Knowledge of the Pelvic Floor Muscles in Norwegian Male and Female Powerlifters and Olympic Weightlifters, Kristina Lindquist Skaug, Marie Ellström Engh, Helena Frawley, Kari Bø, J Strength Cond Res. 2022 Oct 1;36(10):2800-2807. doi: 10.1519/JSC.0000000000003919. Epub 2020 Dec 3.

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